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Couverture du livre Les hirondelles ne boivent pas de whisky d'Oren Dipple

Les hirondelles ne boivent pas de whisky - poésies de printemps
recueil poétique
 

241 pages
21 mai 2026
Disponible en version brochée

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L’histoire

Les hirondelles ne boivent pas de whisky n’est pas un livre sur un printemps heureux. C’est un printemps qui tousse, qui doute, qui revient quand même. Un printemps qui sent la pluie, l’alcool tiède, la terre retournée et les amours mal rangés.

J’écris les saisons comme elles viennent, avec leurs élans et leurs fissures, leurs faux départs, leurs reprises bancales. Des absences qui collent à la peau, des promesses qui bourgeonnent sans toujours éclore, une lumière qui réchauffe puis s’efface sans prévenir.

Des jardins intérieurs en friche, des bars comme des clairières, des fleurs qui poussent malgré les bottes.

Ce recueil rassemble des poèmes et des textes courts, parfois doux, parfois rugueux, pour celles et ceux qui avancent à contre-jour, le cœur un peu cabossé mais encore debout.

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De l'Hiver au Printemps

J’ai commencé ce projet avec une idée simple : écrire un texte par jour pendant toute une saison. Un printemps entier couché sur le papier, entre deux obligations, deux angoisses, deux factures à payer. Une manière de rester vivant, peut-être. Ou au moins de faire semblant.

Je voulais parler des fleurs, des bourgeons, du retour à la lumière. Et puis la vie est venue mettre ses bottes dans le jardin. Les absences, les passages à l’hôpital, la fatigue, les inquiétudes, le travail, les enfants qu’il faut emmener à l’école pendant que les notifications s’éteignent dans un téléphone devenu trop silencieux. Les réseaux sociaux enterrent vite les gens qui disparaissent quelques semaines. On revient comme un fantôme qui tente d’expliquer qu’il respirait encore sous la terre.

Alors les textes ont changé.

Le printemps aussi.

Ce recueil n’est pas né dans une serre lumineuse ou au milieu des oiseaux. Il est né entre la pluie et le béton, entre deux cafés froids, quelques articles pour la presse, des nuits trop courtes et cette envie absurde de continuer à écrire malgré tout. Parce que quand tout menace de s’écrouler, il reste parfois les mots. Pas pour sauver le monde. Juste pour éviter de sombrer avec lui.

Les hirondelles ne boivent pas de whisky est devenu ce qu’il devait être : un printemps cabossé. Un recueil où les fleurs poussent dans les fissures, où les saisons ressemblent aux humains qui les traversent. Fragiles, contradictoires, fatigués… mais encore debout.

Et quelque part, au milieu de tout ça, il y a quand même un peu de lumière. Ces saloperies de saisons reviennent toujours. Les humains aussi, parfois.

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« Rien n'éclot comme prévu »

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J’ai planté ma chaise dans le jardin.
Une vieille chaise pliante,
survivante d’une ancienne époque.
Une relique
transmise de génération en génération.
Mon père y a posé son cul,
et son père avant lui.
Et p’t’être même que son grand-père
s’y est assis
entre deux bombardements allemands,
le temps de ferrer une loche,
un carpeau,
une anguille…

 

J’ai déplié ma chaise sous le nez
d’un parterre de rosiers.
Et j’ai attendu.
Le rideau était encore baissé,
la salle presque vide,
les roses encore fermées à la vie.
J’avais cru comprendre que ce serait beau.
Un spectacle unique,
magnifique.
Une respiration dans l’étouffement global.
Un shoot d’adré pour réveiller la poésie,
la vraie,
pas la bancale.
La rugueuse, celle qui tâche.
Pas la trop lisse, ni la trop lâche.

On m’avait dit :
« Tu vas voir, comme c’est joli !
C’est comme une femme !
C’est comme la nuit !
Comme quand le monde s’est endormi
et que la lune éclaire les ruelles sombres,
juste pour toi,
pour pas que tu tombes. »

On m’avait prévenu que ce serait long,
mais que tout viendrait à point…

 

Alors j’ai patienté.
Assis sur ma chaise,
le cul vissé sur trois générations de carpeurs,
de gaulistes péquineurs,
j’ai attendu que s’ouvrent les fleurs,
que la beauté s’épanouisse sous mes yeux.

Et rien n’a bougé.
Ni la tige,
ni la ligne.
Pas un frémissement de feuilles,
pas même une touche.

 

Alors j’ai ressenti ce qu’avait ressenti mon père,
son père
et peut-être même son grand-père
face à la déception.
On a beau attendre,

être à l’affût,
et le faire avec la sagesse
et la patience nécessaires,
dans cette vie, quoi qu’on espère :
rien,
jamais rien,
n’éclot comme prévu.

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