
Nuit de débauche au Royaume des Artistes torturés - partie 2
Petite baise en sol mineur
roman
140 pages
21 décembre 2024
Deuxième volet d’un roman en quatre parties
Disponible en version brochée
L’histoire
Chloé, chanteuse des rues, erre dans un monde où son art semble invisible aux yeux des passants indifférents. Derrière ses performances anonymes se cache une femme en quête de sens et de reconnaissance, luttant contre les ombres de son passé et les défis du présent.
Marquée par des souvenirs intenses et des douleurs profondes, Chloé continue de chercher la lumière dans l’obscurité. Chaque rue, chaque chanson est une tentative désespérée de toucher les cœurs et de trouver sa place.
À travers une série de souvenirs et de réflexions introspectives, Chloé nous entraîne dans son univers sombre et mélancolique. Elle nous livre ses espoirs, ses peines et sa quête d’une lumière dans l’obscurité.
Petite baise en Sol mineur est une exploration de l’amour, de la perte et de la quête de soi. Une histoire de résilience et de passion artistique, où chaque note est un cri du cœur et chaque mot, une empreinte indélébile.
De l'Ombre à la Lumière
Cette histoire a vu le jour lors d’une soirée solitaire, après une longue période d’inactivité qui a entraîné une perte totale de confiance en moi, en la vie, en l’amour… La crise financière mondiale de 2008, un licenciement économique, une année de chômage, une prise de poids, des pensées sombres… la routine, en somme. Un jour ordinaire sur notre bonne vieille planète.
À cette époque, je n’avais jamais tenté d’écrire un roman. Je n’avais que des chansons dans mes tiroirs. Alors, un soir, j’ai décidé de mettre sur papier tout ce qui me venait à l’esprit. Et puis, l’imagination a pris le relais. J’ai écrit un premier jet que je trouvais bon, mais qui ne l’était pas. J’ai même été jusqu’à l’envoyer à une maison d’édition qui a eu la gentillesse de me répondre et de me donner des conseils. Premier envoi, premier refus. Encore un jour ordinaire sur cette bonne vieille planète…
J’ai mis cette histoire de côté et j’ai commencé à écrire d’autres choses, d’autres chansons, et quelques poèmes… J’y suis revenu des années plus tard, en tenant compte des conseils reçus. C’était mieux, mais je ne l’ai pas envoyée. Et je me suis concentré sur d’autres projets.
Aujourd’hui, après avoir publié quatre livres, je ressors cette histoire de mes tiroirs. J’espère que cette seconde partie vous plaira.
« Comme on observe sa vie avant de la perdre »
J’ai fermé la porte et laissé la clé dans la serrure, avant de déposer Penny sur mon lit. C’est ici que je tente de refaire ma vie. Dans ce studio de 20m² avec vue sur le fleuve, où j’écris mes paroles, compose mes morceaux, inspirée par la platitude de mon quotidien et son absence de couleur. Cette grisaille persistante qui me saute à la gueule dès que je m’y retrouve seule, comme ce soir, et ce malgré les derniers rayons du soleil qui percent à travers les stores pour s’écraser sur la tapisserie déchirée, et sur le vieux parquet tâché par les maladresses d’anciens locataires. On finit toujours par laisser des traces, quelque part, qu’on le veuille ou non. Une rayure sur le sol, un peu de peinture sur le bord d’un évier, un souvenir, une rumeur, une empreinte indélébile dans la vie de l’autre… J’aimerais, moi aussi, laisser une trace avec mes chansons mais, jusqu’ici, je n’ai réussi qu’à fêler le carreau de la fenêtre capricieuse en la refermant un peu trop violemment alors que j’essayais de la débloquer. Tu parles d’un exploit. Je l’ai réparée comme j’ai pu à l’aide d’un ruban adhésif suffisamment large pour empêcher l’air de pénétrer ma piaule sans y être invité. Mais il se décolle un peu plus chaque jour, et la fraîcheur s’impose et me drape lorsque tombe la nuit.
Je reste figée au milieu de mon appartement, balayant la pièce du regard, comme on observe sa vie avant de la perdre. Ma table est recouverte de canettes de bière vides et de mégots de cigarettes. Le cendrier dégueule sa poussière grise au milieu des feuilles volantes et des carnets noircis d’accords, de mots griffonnés. Quelques ébauches avortées, des vers accouchés dans la douleur, des couplets prématurés et des refrains mort-nés. Les poésies que j’ai dans le ventre sont souvent celles qui me tourmentent le plus. Je souffre de les laisser sortir, et lorsque j’y parviens, elles crient dans l’indifférence générale. Et le monde oublie que je suis là, allongée sur le lit, les jambes écartées, les pieds dans les étriers, la chatte à l’air, sanguinolente, avec cette enfant dans les bras, cette enfant dont tout le monde se fout. La plupart des gens ne se rendent pas compte de ce qu’est la création.
Créer, c’est donner la vie. C’est expulser une partie de soi, se l’arracher et l’offrir sans contrepartie. C’est se mettre à nu, s’ouvrir le ventre et laisser n’importe qui regarder ce que l’on a à l’intérieur. Une chanson doit être une vitrine sur ce que l’on est au plus profond. Si le verre est opaque, si l’on ne peut y voir les entrailles de l’artiste alors elle ne vaut rien. Et une chanson qui ne vaut rien, c’est un jingle industriel condamné à passer en boucle sur les ondes, dans l’espoir que le matraquage quotidien suffise à en faire un tube. Mais un tube, c’est juste un truc rond et creux… Les plus belles œuvres ne se trouvent pas toujours sur les fréquences mainstream. C’est le royaume des pseudo-artistes fabriqués à la chaîne dans les émissions de télé. Des stars de petites lucarnes… La véritable création doit se faire dans la souffrance pour être véritablement honnête. Il faut se faire violence pour que les mots aient un sens. À moins de n’avoir pour seule ambition que d’animer le bal des sardines de je ne sais quel camping paumé dans la campagne profonde.